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— Puisque tu épouses un policier, Halleigh, tu vas peut-être pouvoir me dire... s’il a une grosse matraque.

Personne parmi cette assemblée de dames on ne peut plus BCBG n’a semblé autrement surpris d’entendre Claire Mary Vaudry, honorable institutrice d’une quarantaine d’années et collègue de Halleigh, poser cette question pour le moins scabreuse.

J’étais, quant à moi, assise à côté de la future mariée, Halleigh Robinson, puisqu’on m’avait assigné la tâche – ô combien importante – de faire la liste des cadeaux et de leurs donatrices, à mesure que la reine de la fête ouvrait les paquets dans un déluge de papier argenté et de bolduc frisotté.

— Comment le saurais-je ? a répondu Halleigh, avec un air naïf de parfaite petite fille sage, déclenchant un véritable concert de gloussements et autres ricanements incrédules.

— Eh bien, et les menottes, alors ? a insisté Claire Mary. Vous les avez déjà essayées ?

Un aimable brouhaha de voix féminines, à l’accent du Sud prononcé, s’est élevé dans le salon de Marcia Albanese, laquelle avait accepté de prêter sa maison pour abriter l’enterrement de vie de jeune fille de Halleigh. Les autres organisatrices s’étaient contentées de pourvoir au buffet.

— Vous exagérez, Claire Mary, a protesté Marcia, sans quitter son poste à la table des rafraîchissements.

Mais elle souriait. Claire Mary s’était attribué le rôle de la délurée de service, et les autres n’avaient été que trop contentes de le lui laisser.

Claire Mary ne se serait jamais permis une telle vulgarité en présence de Caroline Bellefleur. Socialement parlant, Miss Caroline était la gardienne du temple, à Bon Temps. En dépit de son âge canonique, Miss Caroline se tenait aussi droite qu’un général à la parade. Seul quelque chose d’exceptionnel l’aurait empêchée d’assister à un événement familial important. Or, ce quelque chose était effectivement arrivé : à la stupeur générale, Caroline Bellefleur avait eu une crise cardiaque.

Ses proches, eux, n’avaient pas été surpris. En fait, le grand double mariage des Bellefleur (celui de Halleigh et d’Andy, et celui de Portia avec son comptable), initialement prévu au printemps précédent, avait été organisé en toute hâte parce que l’état de santé de Caroline Bellefleur s’était brusquement détérioré. Et voilà que, devançant même la date de ces mariages précipités, Miss Caroline avait été fauchée par cette attaque. Puis, comme si ça ne suffisait pas, elle s’était fracturé la hanche.

En accord avec sa sœur et son futur beau-frère, Andy avait donc décidé de repousser la cérémonie fin octobre. Mais j’avais entendu dire que Miss Caroline ne se remettait pas aussi bien que ses petits-enfants l’avaient espéré. On disait même que plus jamais elle ne serait ce qu’elle avait été.

Les joues tout empourprées, Halleigh se débattait avec le ruban d’une grosse boîte. Je lui ai tendu les ciseaux. La tradition voulait qu’on ne coupe pas le ruban – une histoire de prédiction du nombre d’enfants à venir –, mais j’étais prête à parier que Halleigh ne serait pas contre une petite entorse au règlement. Elle a quand même coupé le ruban face à elle, pour que personne ne remarque ce manquement délibéré à la coutume, et m’a remerciée du regard. Nous étions toutes sur notre trente et un, bien sûr, et Halleigh était ravissante dans son tailleur-pantalon bleu ciel avec des roses blanches sur la veste. Elle arborait aussi un petit bouquet à la boutonnière.

J’avais l’impression d’observer une tribu exotique dans un quelconque pays lointain. Une tribu qui, comme par hasard, parlait justement ma langue. Je suis serveuse, donc plusieurs échelons en dessous de Halleigh sur l’échelle sociale, et il se trouve que je suis aussi télépathe, quoique les gens aient tendance à l’oublier – d’abord parce que c’est plutôt difficile à croire, et ensuite parce que j’ai l’air normale, en apparence. Comme je figurais néanmoins sur la liste des invitées, j’avais fait un effort vestimentaire pour ne pas détonner. Je pensais avoir assez bien réussi. Je portais un petit haut blanc cintré sans manches, un pantalon crème et des escarpins beige et blanc assortis. J’avais détaché mes cheveux, qui tombaient en un beau carré long bien lisse. De petites boucles d’oreilles et une chaîne en or parachevaient le tableau. On avait beau être fin septembre, il faisait encore une chaleur d’enfer, et toutes ces dames avaient mis leurs plus belles robes d’été, à l’exception de quelques intégristes du calendrier qui avaient dûment revêtu les teintes automnales.

Je connaissais tout le monde, forcément. Bon Temps n’est pas Chicago. Et puis, ça fait pratiquement deux siècles que des générations de Stackhouse s’y succèdent. Mais connaître les gens ne veut pas nécessairement dire se sentir à l’aise avec eux. Et j’étais bien contente que Marcia Albanese m’ait attribué ce job de gratte-papier. Comme quoi, elle était plus futée que je ne l’aurais pensé.

En tout cas, j’en apprenais, des choses ! Je faisais pourtant de mon mieux pour ne pas prêter attention aux pensées de ces dames, et ma tâche était suffisamment prenante pour m’y aider, mais j’étais littéralement bombardée.

Halleigh était sur un petit nuage : on la couvrait de cadeaux, et elle allait épouser un garçon formidable. Je me disais qu’elle ne devait pas connaître son fiancé si bien que ça. Je ne doutais pas qu’Andy ait de très bons côtés... même si je ne les avais encore jamais remarqués. Une chose était sûre, néanmoins : il avait plus d’imagination que le citoyen moyen de Bon Temps. Mais je savais aussi qu’il cachait en lui des peurs et des désirs profondément enfouis.

La mère de Halleigh était venue de Mandeville pour assister à la petite fête, naturellement, et elle arborait son plus beau sourire pour faire honneur à sa fille chérie. J’étais sans doute la seule à savoir qu’elle détestait la foule, même une foule aussi réduite que celle-ci. Chaque minute passée dans le salon de Marcia était un vrai calvaire pour Linette Robinson. À l’instant, alors même qu’elle riait de la dernière boutade de Claire Mary, elle aurait donné n’importe quoi pour être chez elle, avec un bon bouquin et un verre de thé glacé bien frais.

Je m’apprêtais déjà à lui dire que ce serait fini dans... – j’ai jeté un coup d’œil à ma montre – une heure, une heure et quart au plus tard, mais je me suis rappelé juste à temps que je ne ferais que l’affoler davantage. J’ai griffonné : «Shela Pumphrey : torchons » et j’ai attendu posément la suite des événements. Shela s’était attendue que je fasse un esclandre en la voyant arriver, simplement parce qu’elle sortait depuis des semaines avec le vampire que j’avais répudié. Shela s’imaginait toujours que j’allais lui sauter à la gorge. Elle avait une mauvaise opinion de moi, alors qu’elle ne me connaissait pas du tout. En tout cas, elle ne se rendait manifestement pas compte que le vampire en question avait tout bonnement disparu de mon écran radar depuis un moment. Elle avait dû être invitée parce qu’elle avait aidé Andy et Halleigh à trouver la petite maison qu’ils avaient achetée récemment. Elle était agent immobilier.

« Nikkie Thornton : guêpière en dentelle », ai-je écrit, avant de sourire à ma copine Nikkie, qui avait choisi le cadeau de Halleigh dans le stock de sa boutique. Claire Mary avait, bien évidemment, des tas de choses à dire sur la guêpière, pour le plus grand plaisir de toutes – en apparence, du moins. Certaines, en réalité, ne goûtaient pas son humour débridé, d’autres pensaient que son pauvre mari avait bien du mérite, et d’autres encore souhaitaient juste qu’elle se taise. Parmi ces dernières se trouvaient Linette Robinson, sa fille et moi.

La directrice de l’école où Halleigh enseignait lui avait offert de ravissants sets de table, et la sous-directrice les serviettes assorties. J’ai noté ça avec application et jeté le papier cadeau dans le sac-pou-belle, à mes pieds.

— Merci, Sookie, m’a murmuré Halleigh, pendant que Claire Mary se lançait dans une énième plaisanterie, laquelle évoquait très explicitement le déroulement de la nuit de noces. Je vous suis vraiment reconnaissante de votre aide.

— De rien.

J’étais un peu surprise quand même.

— Andy m’a dit qu’il vous avait demandé de cacher ma bague de fiançailles, quand il m’a demandé ma main, a-t-elle poursuivi en souriant. Et vous m’avez aussi aidée en d’autres circonstances.

Andy lui avait donc tout raconté à mon sujet ?

— C’est bien naturel, ai-je bredouillé, un peu embarrassée.

Elle a jeté un coup d’œil en direction de Shela Pumphrey, assise à deux chaises de distance.

— Fréquentez-vous toujours ce très bel homme que j’avais aperçu chez vous ? m’a-t-elle alors demandé en haussant le ton. Ce beau brun ténébreux ?

Halleigh avait vu Claude quand celui-ci m’avait déposée devant la petite maison que Sam m’avait provisoirement louée en ville. Claude, le frère de Claudine, ma bonne fée – oui, oui, littéralement –, était effectivement à tomber, et il pouvait se montrer vraiment charmant (avec les femmes) pendant au moins une minute trente-cinq sans interruption. Il avait fait un effort, lors de cette rencontre avec Halleigh, et je ne pouvais que l’en remercier, maintenant que je voyais la tête que tirait Shela Pumphrey, qui avait immédiatement dressé les oreilles comme un vrai chien d’arrêt.

— Je l’ai revu il y a environ trois semaines, mais nous ne sortons plus ensemble, ai-je avoué.

On n’était jamais sortis ensemble, d’ailleurs, vu que pour plaire à Claude, il aurait fallu que j’aie une barbe de trois jours et certains attributs dont je serai toujours dépourvue. Mais tout le monde n’avait pas besoin de le savoir, n’est-ce pas ?

— Je sors avec quelqu’un d’autre, en ce moment, ai-je cru bon d’ajouter avec la plus parfaite modestie.

— Ah, oui ?

L’air non moins innocent, Halleigh affichait à présent la plus vive curiosité. Décidément, cette fille m’était de plus en plus sympathique.

— Oui, un consultant de Memphis.

— Il faudra nous l’amener au mariage, alors. N’est-ce pas, Portia ?

Oups ! Portia Bellefleur, la sœur d’Andy et deuxième future mariée du double mariage, m’avait demandé d’assister à la réception, mais pour servir les boissons avec mon boss, Sam Merlotte. Maintenant, elle était coincée. Jamais elle ne m’aurait conviée à ses noces en tant qu’invitée (je n’avais pas reçu de carton pour son enterrement de vie de jeune fille, en tout cas). Je me suis tournée vers l’intéressée avec un sourire radieux.

— Mais bien sûr, a répondu Portia avec un naturel confondant – après tout, en tant qu’avocate, elle avait des années de plaidoiries derrière elle. Nous serions ravis que vous veniez avec votre ami, Sookie.

J’ai eu une réjouissante vision de Quinn se transformant en tigre en pleine réception, et mon sourire s’est encore élargi.

— Je vais voir s’il peut se libérer.

— Et maintenant, votre attention, s’il vous plaît, a alors demandé Claire Mary. Devinez quoi ? J’ai noté tous les commentaires de la future mariée quand elle a déballé ses cadeaux, parce que, vous savez, ce sont ceux qu’elle fera au cours de sa nuit de noces.

Elle agitait un petit carnet. Tout le monde s’est aussitôt tu : signe d’une impatience – ou d’une appréhension – manifeste.

— Voici la première chose qu’elle a dite : « Oh ! Le joli paquet ! »

Concert de petits rires polis.

— Ensuite, elle a dit... voyons... «Voilà qui m’ira parfaitement. J’ai hâte d’essayer ! »

Gloussements.

— Et puis encore : « Oh ! Voilà qui me sera bien utile ! »

Hilarité générale.

Après ça est venue l’heure des gâteaux, du punch et du buffet campagnard. Tenant assiettes et verres en équilibre périlleux, on regagnait toutes nos places quand Maxine Fortenberry a lancé :

— Comment va ta nouvelle copine, Sookie ? Cette fille de La Nouvelle-Orléans ?

Maxine avait beau se trouver à l’autre bout de la pièce, ce n’était pas ça qui la dérangeait. La cinquantaine finissante, solide et pleine d’entrain, Maxine avait toujours été une vraie mère pour Jason, qui était aussi le meilleur ami de son fils, Hoyt.

— Amélia va bien.

Que trop consciente, hélas ! d’être devenue le point de mire de cette féminine assemblée, j’avais affiché mon grand sourire nerveux habituel.

— C’est vrai qu’elle a perdu sa maison dans les inondations ? a poursuivi Maxine.

— Son locataire lui a dit qu’il y avait eu de gros dégâts, oui. Alors, Amélia attend des nouvelles de l’assurance pour décider ce qu’elle doit faire.

— Heureusement qu’elle était chez toi quand le cyclone est arrivé !

La pauvre Amélia devait avoir entendu ça des milliers de fois, depuis le mois d’août, et elle devait aussi en avoir plus qu’assez d’essayer de jouer celle qui avait eu de la chance.

— Oh, oui ! ai-je reconnu, conciliante.

L’arrivée d’Amélia Broadway avait délié les langues, à Bon Temps. Quoi de plus naturel ? Il se passe si peu de trucs fascinants, dans ce trou perdu.

— Donc, pour l’instant, Amélia va rester chez vous ?

Halleigh venait à mon secours.

— Le temps qu’il faudra, oui.

— C’est drôlement gentil à vous, a approuvé Marcia.

— Oh, vous savez, Marcia, j’ai tout un étage dont je ne me sers pas. Amélia l’a aménagé, en plus. Elle a fait mettre l’air conditionné et c’est beaucoup mieux qu’avant. Ça ne me dérange pas du tout.

— N’empêche, il y a plein de gens qui ne voudraient pas de quelqu’un chez eux aussi longtemps. Je me dis bien que je devrais accueillir un de ces malheureux qu’on a logés au Holiday Inn, mais je n’arrive pas à me faire à l’idée de laisser un inconnu vivre chez moi.

— Moi, j’aime bien. Ça me fait de la compagnie.

Et c’était vrai, la plupart du temps.

— Amélia est-elle retournée voir sa maison ?

— Une fois seulement.

Amélia s’était contentée d’un bref passage à La Nouvelle-Orléans, de peur de se faire repérer par ses confrères. Elle n’était pas en odeur de sainteté auprès des sorciers de sa communauté.

— En tout cas, elle adore son chat, est alors intervenue Claire Mary. Elle était avec son gros matou, l’autre jour, chez le vétérinaire, quand j’y ai amené Houppette.

Houppette, le persan blanc de Claire Mary, devait bien avoir quelques millions d’années au compteur.

— Je lui ai demandé pourquoi elle ne le faisait pas castrer, a poursuivi la bavarde impénitente, et vous savez quoi ? Elle lui a aussitôt couvert les oreilles, comme s’il pouvait m’entendre. Et elle m’a suppliée de ne pas parler de ça devant Bob. À l’entendre, on aurait cru qu’elle parlait d’un être humain !

— Elle lui est très attachée, lui ai-je répondu, sans trop savoir si j’avais plus envie de rire ou de vomir à l’idée de Bob se faisant castrer par le véto.

— Comment l’as-tu connue, cette Amélia, au fait ?

Maxine ne désarmait pas.

— Vous vous souvenez de ma cousine Hadley ?

Hochements de tête unanimes, à l’exception des nouvelles : Halleigh et sa mère.

— Eh bien, quand Hadley vivait à La Nouvelle-Orléans, elle louait à Amélia l’étage au-dessus de chez elle. Et lorsque Hadley est décédée – nouveaux hochements de tête à la ronde, plus solennels, cette fois –, je suis allée à La Nouvelle-Orléans pour mettre de l’ordre dans ses affaires. C’est comme ça que j’ai rencontré Amélia. On est devenues amies, et elle a décidé de venir me rendre visite à Bon Temps.

Toutes ces dames me regardaient, impatientes de connaître la suite. Parce qu’il fallait bien qu’il y ait une explication rationnelle à cette visite, n’est-ce pas ?

Il y avait effectivement une explication, mais à mon avis, elles n’étaient pas prêtes à l’entendre – Amélia, après une nuit d’amour échevelée, avait accidentellement changé Bob en chat en voulant expérimenter de nouveaux jeux érotiques. Je n’avais jamais demandé à Amélia de me décrire les circonstances exactes de l’accident en question. Je n’avais pas vraiment envie d’avoir une vision de la scène. Cependant, tout le monde attendait toujours une explication. N’importe laquelle, mais une explication.

— Amélia a eu une rupture difficile avec son petit ami, ai-je donc expliqué, sur le ton de la confidence.

Expressions de curiosité et de compassion mêlées, dans l’assistance.

— C’était un mormon.

Eh bien, Bob ressemblait assurément à un mormon, avec son pantalon noir et sa chemisette blanche. Il était même arrivé chez Amélia à vélo.

— Il a frappé à sa porte et il est immédiatement tombé... amoureux.

« Tombé dans son lit » aurait mieux convenu. Mais bon, ça ne changeait pas grand-chose à l’histoire.

— Ses parents étaient-ils au courant ?

— Ses frères mormons l’ont-ils découvert ?

— Est-ce qu’ils n’ont pas le droit d’avoir plusieurs femmes ?

Les questions pleuvaient, tout à coup. J’ai attendu que les mitraillettes soient à court de munitions. Je n’étais pas habituée à échafauder des scénarios et je commençais à manquer d’éléments plausibles sur lesquels asseoir le reste de mon histoire.

— Je n’y connais pas grand-chose en matière de mormons, ai-je répondu à la dernière questionneuse (rien n’était plus vrai). Mais je ne crois pas que les mormons modernes aient plus d’une femme. En tout cas, ce qui s’est passé, c’est que les parents de Bob ont découvert le pot aux roses. Ils sont devenus fous de rage parce qu’ils estimaient qu’Amélia n’était pas assez bien pour lui. Alors, ils sont venus le chercher pour le ramener de force chez lui. D’où le départ d’Amélia. Elle voulait quitter La Nouvelle-Orléans pour se changer les idées, oublier le passé, vous comprenez...

Toutes ont hoché la tête avec un bel ensemble, fascinées par la tragédie de cette malheureuse Amélia. Je me suis sentie un peu coupable. Pendant une ou deux minutes, tout le monde a donné son avis sur le drame. Finalement, Maxine Fortenberry a résumé la situation.

— La pauvre ! s’est-elle exclamée. Il aurait dû leur tenir tête.

J’ai alors tendu à Halleigh un nouveau paquet à ouvrir.

— En tout cas, vous êtes sûre que ça ne risque pas de vous arriver, Halleigh, ai-je enchaîné pour changer de sujet. Andy est fou de vous. Ça crève les yeux.

Elle a rougi.

— Nous aimons tous Andy, a affirmé sa mère.

On en revenait enfin à nos moutons.

La conversation a ensuite dérivé sur le menu du mariage, puis sur les repas que chacune des différentes confessions organisait à tour de rôle pour les évacués. Le lendemain, c’était celui des catholiques, et Maxine a paru soulagée lorsqu’elle a annoncé que le nombre de convives était tombé à vingt-cinq.

En rentrant, j’étais épuisée. Je n’étais pas habituée à tant de mondanités. Et il me restait encore à mettre Amélia au courant de son tout nouveau passé. Puis j’ai aperçu un pick-up garé dans ma cour, et toutes ces pensées se sont subitement envolées.

Quinn était là. Quinn, le tigre-garou qui gagnait sa vie en organisant des événements pour les créatures surnaturelles – ou Cess, comme elles se nommaient elles-mêmes. Quinn, mon chéri du moment. J’ai pratiquement sauté de la voiture – après m’être garée derrière la maison et avoir jeté un anxieux coup d’œil dans le rétroviseur pour m’assurer que mon maquillage n’avait pas coulé.

Quinn s’est rué au-dehors par la porte de derrière, au moment où je montais les marches de la véranda quatre à quatre. Je lui ai sauté au cou. Il m’a soulevée de terre et m’a fait tourner comme une toupie. Quand il m’a reposée, il m’a embrassée en tenant mon visage entre ses grandes mains de géant.

— Tu es magnifique, a-t-il dit dans un souffle. Et tu sens drôlement bon, a-t-il ajouté, toujours pantelant.

Et il a recommencé à m’embrasser.

Hélas, tout a une fin.

— Oh ! Ça fait tellement longtemps ! me suis-je écriée, rayonnante. Je suis si contente de te trouver ici !

Je n’avais pas vu Quinn depuis des semaines. La dernière fois, il avait fait un petit crochet par Shreveport, alors qu’il se rendait en Floride avec un chargement de matériel pour la cérémonie d’initiation de la fille d’un chef de meute.

— Tu m’as manqué, bébé, m’a-t-il répondu avec un sourire très pub télé – Quinn a les dents ultra blanches.

Son crâne rasé scintillait aussi dans la lumière du soleil, rasante à cette heure tardive.

— Ta coloc a eu le temps de me raconter les dernières nouvelles, pendant que tu étais à ta petite fête. Comment c’était ?

— Comme tous les enterrements de vie de jeune fille : cadeaux et bavardages à tous les étages. C’est le deuxième auquel j’assiste pour cette fille. Et je ne me suis pas moquée d’elle : je lui ai offert une assiette de son service comme cadeau de mariage.

— On peut aller à plusieurs enterrements de vie de jeune fille pour la même personne ?

— Dans une petite ville comme ici, oui. Et Halleigh est rentrée à Mandeville, cet été, pour en célébrer un autre, avec un dîner en prime. J’en déduis qu’elle et Andy ne manqueront vraiment de rien.

— Je croyais qu’ils devaient se marier en avril dernier.

Je lui ai raconté la crise cardiaque et la fracture de Caroline Bellefleur.

— Donc, le mois prochain, Andy et Halleigh et Portia et Glen vont avoir le mariage mondain le plus attendu de toute l’année et le plus couru de tout Bon Temps. Et tu es invité, ai-je conclu.

— Ah, oui ?

On avait déjà pris le chemin de la cuisine. J’avais hâte de me déchausser et de voir ce que ma colocataire fabriquait. Je me creusais la tête pour trouver quelque course à lui confier qui l’éloignerait un petit moment. J’avais trop rarement l’occasion de voir Quinn, qui était, comme qui dirait, mon petit copain, si je pouvais encore utiliser cette expression, vu mon grand âge (vingt-sept ans). Enfin, je me disais qu’il pourrait devenir mon petit copain, s’il ralentissait assez pour avoir le temps de s’attacher – à moi, de préférence.

Mais son boulot – il bossait pour Spécial Events, une filiale de E (E) E, Extreme (ly Elégant) Events –, couvrait un vaste territoire, au sens propre comme au figuré. Depuis notre enlèvement par des lycanthropes à La Nouvelle-Orléans, je n’avais revu Quinn que trois fois. La première quand il s’était arrêté à Shreveport, un week-end, pour aller je ne sais où – il m’avait invitée au restaurant et on avait passé une super soirée, mais il m’avait ramenée à la maison et était rentré se coucher seul parce qu’il devait se lever tôt le lendemain. La deuxième fois, il était venu Chez Merlotte pendant que je travaillais. Comme c’était une soirée calme, j’avais pu m’asseoir à sa table et discuter avec lui une petite heure – on s’était pris la main. La troisième fois, je lui avais tenu compagnie pendant qu’il chargeait son camion. C’était en plein été, et le temps était à l’orage : on ruisselait de sueur, sans parler de la poussière, des entrepôts, des camions qui passaient... Pas très romantique, comme ambiance.

Et même si Amélia descendait à présent obligeamment l’escalier avec son sac en bandoulière, dans la manifeste intention d’aller faire un tour en ville pour nous laisser un peu d’intimité, ça n’avait franchement rien d’exaltant d’imaginer qu’on allait devoir saisir cette brève occasion pour concrétiser notre relation.

— Au revoir ! nous a lancé Amélia, avec un sourire jusqu’aux oreilles.

Comme elle avait les dents les plus blanches du monde, on aurait dit le chat d’Alice au pays des merveilles. Amélia avait des cheveux courts en pétard (elle prétendait que personne n’était fichu de les lui couper correctement à Bon Temps), et son visage hâlé ne portait pas la moindre trace de maquillage. Elle avait tout de la jeune maman de province avec un siège auto à l’arrière de son monospace, le genre de maman qui fait régulièrement son petit footing, sa petite séance à la piscine et sa petite partie de tennis. En fait, Amélia courait vraiment trois fois par semaine et pratiquait le tai-chi dans ma cour. Mais elle avait horreur de l’eau et estimait que le tennis était « pour les crétins finis ». Pour ma part, j’ai toujours eu de l’admiration pour les tennismen. Mais quand Amélia avait quelque chose dans le crâne, elle n’en démordait pas.

— Je vais au centre commercial de Monroe, nous a-t-elle précisé. Des courses à faire.

Et, tout en agitant la main avec un petit air du genre «je suis une coloc trop sympa », elle a sauté dans sa Mustang et elle a disparu... nous laissant, Quinn et moi, en train de nous regarder en chiens de faïence.

— Sacrée Amélia ! ai-je commenté, follement inspirée.

— Il n’y en a pas deux comme elle, a renchéri Quinn, guère à l’aise.

— Le truc, c’est que... ai-je commencé, au moment même où il disait : Écoute, je crois qu’on devrait...

On s’est tous les deux arrêtés net. Il a fait un geste du style «les dames d’abord ».

— Tu es là pour combien de temps ? lui ai-je alors demandé.

— Je dois repartir demain. Évidemment, je pourrais coucher à Monroe ou à Shreveport, mais...

On a recommencé à se regarder. Je ne lis pas dans les pensées des changelings comme dans celles des humains ordinaires, mais je peux quand même avoir une petite idée de ce qu’ils ont en tête. Et je discernais nettement les intentions de Quinn, des intentions... intenses.

— Donc, si tu es d’accord... a-t-il enchaîné, avant de mettre un genou à terre.

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire. Mais j’ai détourné les yeux.

— Le truc, c’est que... ai-je répété, en me disant que ce genre de conversation serait bien plus facile pour Amélia, qui était d’une franchise à toute épreuve. Enfin, comme tu le sais, entre nous, le... euh...

J’ai fait un geste de la main qui nous unissait l’un à l’autre.

— Courant ? a-t-il suggéré.

— C’est ça. Le courant passe très, très bien. Mais si on ne doit pas se voir plus souvent qu’au cours de ces derniers mois, je ne suis pas très sûre de vouloir sauter le pas.

Ça m’écorchait la bouche d’avoir à dire ça, mais je ne pouvais pas faire autrement. Inutile de me mettre toute seule dans une situation qui risquait de me faire plus de mal que de bien.

— J’éprouve pour toi... du désir, lui ai-je avoué. Un désir très fort. Mais je ne suis pas une fille d’un soir.

— Après le sommet, je prends des vacances, m’a-t-il alors annoncé – et il ne mentait pas, je le savais. Un mois de vacances. Je suis venu te demander si je pouvais les passer avec toi.

— Vraiment ?

C’était plus fort que moi. J’avais tellement de mal à le croire que j’ai répété :

— Vraiment ?

Il m’a souri. Quinn a le teint mat, un nez arrogant, un sourire qui dessine de petites fossettes aux coins de sa bouche et des yeux violets comme une pensée au printemps. Il est aussi baraqué qu’un catcheur professionnel et tout aussi impressionnant. Il a soudain levé la main comme s’il prêtait serment.

— Je le jure sur une tonne de bibles.

— Bon... lui ai-je répondu, après avoir pris le temps de faire l’inventaire des réserves que je pouvais avoir pour m’assurer qu’elles étaient insignifiantes.

Et puis, je ne suis peut-être pas équipée d’un détecteur de mensonges, mais je l’aurais senti s’il s’était dit : « Qu’est-ce que je ne ferais pas pour la mettre dans mon lit ! » Les pensées des changelings sont difficiles à décrypter pour moi – elles sont comme noyées dans une purée de pois –, mais un truc pareil ne m’aurait pas échappé.

— ... alors, d’accord.

— Ô Seigneur !

Son sourire a illuminé tout le salon. Mais dans la seconde qui a suivi, ses yeux ont pris ce regard fixe qu’ont les hommes quand ils n’ont plus qu’une idée en tête : le sexe. Puis il s’est levé, et je me suis retrouvée collée contre lui, ligotée par ses bras qui m’enserraient comme des cordes.

Sa bouche a fondu sur la mienne, et on a repris là où on en était restés. Sa langue était chaude et agile, et ses mains, qui ne l’étaient pas moins, n’ont pas tardé à explorer ma topographie avec soin : descente de la vallée dorsale pour épouser la courbe des hanches, remontée vers les épaules pour venir cueillir mon visage et redescente le long du cou avec effleurements stratégiques du bout des doigts. Puis ces mêmes mains ont trouvé mes seins et, après avoir sorti mon corsage de mon pantalon, se sont aventurées sur un territoire qu’elles n’avaient fait que survoler précédemment. Quinn a semblé aimer ce qu’il découvrait – si tant est que « mmm » soit un commentaire éloquent. Pour moi, ça en disait plus long que bien des discours.

— Je veux te voir, a-t-il alors murmuré. Je veux tout voir.

Je n’avais encore jamais fait l’amour en plein jour. Est-ce que ce n’était pas franchement scandaleux (et très excitant) de se débattre avec des boutons de pantalon alors que le soleil n’était même pas encore couché ? Encore une chance que j’aie mis cette si jolie lingerie en dentelle blanche avec son mini slip sexy. Quand je m’habille, je n’aime pas faire les choses à moitié : ça va du manteau jusqu’aux sous-vêtements.

— Oh ! s’est exclamé Quinn en découvrant mon soutien-gorge, qui faisait avantageusement ressortir mon bronzage. Oh, bon Dieu !

Ses exclamations, comme son expression, reflétaient la plus flagrante admiration. J’avais déjà enlevé mes chaussures et, heureuse initiative, le matin même, j’avais renoncé aux mi-bas – pratiques mais pas vraiment glamour –, leur préférant le hâle naturel de mes jambes nues. Quinn a passé un bon moment à me mordiller le cou tout en se frayant un chemin, à coups de baisers mouillés, vers le soutien-gorge en question, pendant que je me battais avec sa ceinture. Mais comme il se penchait pendant que j’essayais d’ouvrir la boucle récalcitrante, ça ne fonctionnait pas très bien.

— Défais ta chemise.

Ma voix était presque aussi rauque que la sienne.

— Tu m’as enlevé mon haut, tu dois enlever le tien, ai-je argué – pressée, mais logique.

— Pas de problème.

Aussitôt dit, aussitôt fait. La chemise a atterri sur le canapé. On aurait pu s’attendre à un torse velu, hein ? Eh bien, non. En revanche, pour être musclé, il était musclé. Difficile de faire mieux, dans le genre. Il était aussi très bronzé, ce qui n’avait rien de surprenant, vu la saison. Il avait la pointe des seins étonnamment foncée et (moins étonnant) toute dure. Il a commencé à s’occuper de sa maudite ceinture, pendant que je me penchais sur ces tentations ambulantes, embrassant l’une tout en caressant l’autre. Tout son corps s’est alors brusquement raidi, et il a cessé de faire ce qu’il faisait pour plonger ses doigts dans mes cheveux et me plaquer la tête contre lui. Il a poussé un profond soupir, qui tenait plutôt du grondement : une vibration sourde qui montait de l’intérieur. De ma main libre, j’ai tiré sur son pantalon, et il a recommencé à défaire sa ceinture, mais avec un manque patent de conviction. Distraitement, je dirais.

— Allons dans la chambre.

Ce n’était pas une suggestion calme et mesurée de ma part, plutôt une exigence impérieuse.

Il m’a soulevée de terre, et j’ai noué mes bras autour de son cou pour embrasser cette si belle bouche dont je ne me lassais pas.

— C’est pas juste, a-t-il marmonné. J’ai les mains prises.

— Le lit.

C’est tout ce que j’ai trouvé à lui répondre. Après m’avoir délicatement déposée à l’endroit indiqué, il s’est carrément jeté sur moi.

— Les fringues, lui ai-je rappelé.

Mais il avait la bouche pleine – de dentelle blanche, entre autres –, et il n’a pas réagi.

— Oh !

Il se peut que j’aie répété ça encore plusieurs fois, et quelques « oui » aussi. Puis, tout à coup, une idée m’a traversé l’esprit, me ramenant brutalement à la réalité.

— Quinn, est-ce que tu as... tu sais...

Étant donné que les vampires ne peuvent pas mettre une fille enceinte, ni lui refiler une maladie, je n’avais encore jamais eu besoin de ce genre de chose.

— Pourquoi crois-tu que j’aie encore mon pantalon ? a-t-il rétorqué en sortant un petit carré argenté de sa poche arrière.

Son sourire s’était fait, cette fois, nettement plus carnassier.

— Génial !

Et j’étais on ne peut plus sincère. Je crois que je me serais jetée par la fenêtre si on avait été obligés d’arrêter.

— Tu pourrais peut-être enlever ton pantalon, maintenant...

J’avais déjà vu Quinn dans le plus simple appareil, mais dans des circonstances un peu stressantes : en plein bayou, sous une pluie battante, alors qu’on était pourchassés par des loups-garous.

Debout à côté du lit, Quinn a ôté ses chaussures et ses chaussettes, puis son pantalon, sans se presser, pour me laisser le temps d’admirer le paysage. Sous son boxer, il avait la fesse ferme et haut perchée. Il avait aussi plein de petites cicatrices, de fins traits blancs un peu partout, mais elles semblaient tellement faire partie de lui qu’elles ne déparaient en rien le magnifique corps d’athlète que je contemplais, à genoux sur le lit. Puis il a ôté son boxer, me mettant l’eau à la bouche.

— À toi, maintenant, m’a-t-il ordonné.

J’ai dégrafé mon soutien-gorge et j’ai fait glisser les bretelles le long de mes bras.

— Ô mon Dieu ! Je suis le plus heureux des hommes.

Il a marqué une pause, puis il a ajouté :

— Le reste.

Je me suis levée et j’ai fait tomber le petit truc en dentelle sur le tapis.

— C’est comme quand on se retrouve devant un buffet, a-t-il murmuré. On ne sait pas par où commencer.

J’ai désigné mes seins.

— L’entrée, lui ai-je suggéré.

Je me suis alors rendu compte que Quinn avait une langue un peu plus râpeuse que le commun des mortels. Je haletais déjà en émettant des sons inarticulés quand il est passé du sein droit au sein gauche, comme s’il essayait de savoir lequel il préférait. Il a eu du mal à se décider, ce qui m’allait très bien. Quand il s’est finalement fixé sur le droit, j’en étais déjà à me plaquer contre lui et, bien qu’inarticulés, les sons que j’émettais ne pouvaient être qualifiés que de désespérés.

— Je crois que je vais sauter le plat de résistance et passer directement au dessert, a-t-il soufflé d’une profonde voix de basse, avec un débit quelque peu haché. Tu es prête, bébé ? À t’entendre, tu en as l’air. Et d’après ce que je sens, aussi.

— Je suis plus que prête, lui ai-je confirmé, en refermant la main sur son sexe.

Il a tressailli de tout son corps et s’est empressé de mettre le préservatif.

— Maintenant, a-t-il grondé. Maintenant !

Je l’ai guidé en moi et je me suis cambrée pour venir à sa rencontre.

— Oh ! Depuis le temps que j’en rêve... a-t-il soupiré en s’enfonçant en moi.

Après ça, on n’a plus été capable de dire quoi que ce soit, ni lui ni moi.

Quinn avait un appétit à la mesure de ses étonnantes proportions.

Il a tellement apprécié le dessert qu’il en a redemandé...

La conspiration
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